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By nc sa eu

Trois appels pour un Ciné Concert - 2

A propos de la séance Méliès du 21 janvier 2017 à la Cinémathèque Française

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L'appel du passé : Prélude à Méliès

C'est peu dire que le XIX° siècle qui voit naître Georges Méliès (en 1861 sous Napoléon III) et le début de ce XX° siècle (le film date de 1905) s'intéressent aux sciences et techniques ! En toute logique d'ailleurs, car c'est alors le temps des incessantes innovations techniques et scientifiques qui ont principalement modelé, et même bouleversé le quotidien de nos arrière-arrière (et même plus) grands-parents. En effet, la mise au point de la machine à vapeur par James Watt en 1769 (qui reprend les travaux du français Denis Papin) va donner naissance à des applications toujours plus spectaculaires, comme le chemin de fer ou la marine à vapeur. Pour exemple, si en 1830, un Paris-Marseille dure 80 heures en diligence, il n'en faut plus que 14 en 1887 en prenant le train.
Puis, c'est l'apparition du pétrole qui va permettre la mise au point toujours plus fine du moteur à explosion, dont les premiers prototypes sont présentés par le français Debouteville et l'Allemand Daimler au milieu des années 1880. La société assiste alors à la généralisation de l'automobile à pétrole, avec la naissance en 1908 du modèle T d'Henri Ford, un siècle et demi après l'invention du fardier (à vapeur) par Cugnot en 1769. Pour couronner le tout, l'organisation des premières compétitions automobiles, dont Méliès a choisi de faire le décor de son film Le raid Paris Monte-Carlo en automobile et qui vont remporter un succès public foudroyant, favoriseront ainsi la mise au point et la popularité de ce nouvel engin.

la Sirène d'Henry Bauchet, crée en 1899
La Sirène de Joseph-Gustave-Henry Bauchet, créee en 1899

N'oublions pas la fée électricité dont l'utilisation à grande échelle lors de l'Exposition Universelle de 1889 à Paris accompagnera le tout nouveau symbole de la modernité « à la française » : la Tour Eiffel. Cette fée électricité, qui n'est d'ailleurs pas étrangère à l'apparition des étranges personnages dansant sur l'écran du Salon Oriental du Grand Café, à Paris, un certain 28 décembre 1895.


Il paraît difficile de nos jours, de se représenter à quel point l'apparition et l'application de toutes ces radicales innovations ont bouleversé le quotidien de nos aïeux. Difficile aussi d'imaginer les cataclysmes sociaux qu'ils ont du traverser pour simplement continuer à vivre. Pourtant, si l'on songe un instant à cette quatrième révolution industrielle provoquée par l'apparition d'Internet dans les années 1980, il ne paraît plus si lointain le temps de ces aïeux, et l'on pourrait même se surprendre à mieux les comprendre en percevant les similitudes troublantes que comportent chacune de nos deux époques respectives.
Avec pour troublant corollaire que ceux qui nous ont précédé ont vécu avant nous ces fluctuations tantôt mirobolantes (pour eux les progrès de la médecine), tantôt tragiques (l'apparition de la guerre moderne avec des armes modernes). Le plus fort est que tout cela pourrait presque nous amener à penser qu'en évoluant dans notre passé, ils ont déjà vécu notre futur, où ils explorèrent jusqu'à leur termes ces première (charbon), deuxième (pétrole) et troisième (électricité) révolutions industrielles !


N'est-ce pas le rôle de l'art, et en particulier du cinématographe naissant, de servir de médiateur entre nous et nos ancêtres, entre ce monde finalement si proche mais nous paraissant si lointain pour d'annexes questions de modes, de design, de styles ou d'apparences. Et qui mieux que Georges Méliès, par son génie créateur peut nous servir de guide, nous prendre par la main pour nous montrer qu'il a saisi nos questionnements, nos envolées ou nos angoisses ? Car elles sont siennes ! Lui qui avait si bien compris son époque et qui avait les moyens artistiques, le génie pour traduire cette atmosphère unique, à travers le foisonnement des œuvres cinématographiques qu'il a partagé avec ses contemporains éblouis avant de les léguer à la postérité.

Mais ce n'est pas tout ! Le génie de Méliès, s'il côtoie l'universel par sa verve imaginative, comique, poétique, technique, peut parfois déconcerter le spectateur d'aujourd'hui par la verdeur de son inspiration, la ferveur jaillissante de ses explosions d'images. Voilà pourquoi ce petit préambule à la séance : afin de mieux connaître son époque et parvenir plus directement jusqu'à lui.

En examinant maintenant à la loupe un des films du programme qui lui est consacré, je crois qu'il pourra à son tour nous dévoiler des pans entiers de la notre d'époque, si l'on consent seulement à accrocher notre regard aux éclats acérés de son génie créateur.

 

Dès demain, troisième et dernier « Appel pour un ciné concert » :

Entre passé et présent, Georges Méliès, ou l’ethnographie burlesque de la toile peinte

 

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